Jeudi 19 mars 2026

Saint Joseph

Joseph, l’homme juste

En solennisant la célébration de saint Joseph, la tradition chrétienne nous donne le modèle de « l’homme juste », qui, d’Abraham à Jésus lui-même « marche devant Dieu » et « accomplit la Loi du Seigneur ». C’est à ce titre qu’il représente parfaitement le meilleur de l’humanité (« le plus grand saint après la Vierge Marie », dira de lui Léon XIII), et qu’en plaçant sa fête au cours du carême, l’Église nous invite à voir en cet homme de l’Ancienne Alliance un premier accomplissement de l’œuvre de Jésus.

Qu’était saint Joseph dans cette humble ville de Nazareth ? Un humble et pauvre ouvrier charpentier ; trop manifestement honnête pour n’y point jouir d’une certaine considération parmi les braves gens de l’endroit ; trop inoffensif, trop doux, trop serviable pour ne pas y compter quelques amis ; mais aussi trop fidèle serviteur de Dieu, trop éloigné de l’esprit du monde, trop pieux, trop saint enfin, pour n’y être pas blâmé, raillé, haï, persécuté par les méchants qui sont partout les mêmes et ne manquent nulle part.

Il ne passait point pour lettré, encore moins pour savant, et très probablement, selon l’homme, il n’était ni l’un ni l’autre. Tout au plus, parce qu’il était sage, discret et bon, venait-on parfois lui confier des chagrins ou lui demander des conseils. En somme, vous le voyez, c’était, dans toute la force du terme un plébéien caché et un homme effacé. Mais que cet effacement lui plaisait ! Que son âme y trouvait de repos et son cœur de délices ! Quand il y pensait, du moins ; car souvent, le plus souvent, il n’y pensait même pas.

Charles Gay, Sermon pour la fête de St Joseph

La Sainte Famille n’était composée que de trois personnes, du Fils de Dieu, de la mère de Dieu, et de Joseph, époux de l’une, et réputé père de l’autre. Leur pauvreté était grande ; ils n’avaient que le nécessaire, et peut-être leur manquait-il quelquefois ; mais ils étaient contents, ils bénissaient Dieu et ne lui demandaient rien davantage. Ils vivaient dans l’ombre, inconnus au monde et n’ayant nul désir de s’en faire connaître. On ne savait dans Nazareth, ni ce que Jésus était selon sa nature divine, ni quelle était devant Dieu la dignité de Marie, ni qu’elle était mère sans cesser d’être vierge. Ils passaient sans doute pour des gens pieux et fidèles observateurs de la Loi, et toute leur conduite édifiait le prochain. Mais leur piété n’avait rien qui les distinguât du commun ; rien ne paraissait au-dehors de ce qu’ils étaient au-dedans ; ils ne laissaient rien soupçonner du secret de Dieu.

Quelle paix, quel silence, quelle union dans cette sainte famille ! Quelle correspondance intérieure et continuelle entre Jésus et Marie, entre Marie et Joseph ! Jésus était la source des grâces ; il les versait sans cesse avec profusion dans le cœur de sa mère, et Marie faisait part de son abondance à Joseph. Ainsi, sans presque se rien dire de bouche, ils se parlaient continuellement.

Jean-Nicolas Grou, Manuel des âmes intérieures

L´Auteur :

Gay (Charles, 1815-1892)

Figure exemplaire du retour à l’Église catholique des grandes familles bourgeoises après la Révolution française, Charles Gay sera évêque auxiliaire de Poitiers aux côtés du cardinal Pie.

Grou (Jean-Nicolas, 1731-1803)

Né à Calais, Jean-Nicolas Grou entre chez les jésuites à 15 ans. Brillant professeur de lettres, sa rencontre avec la visitandine Pélagie Lévêque l’ouvre à la mystique. La Révolution française l'exile en Angleterre à partir de 1792.