Lundi 5 octobre 2026

La tentation de la sainteté

Regardez toutes les tentations que vous pourrez avoir comme des croix dont il plaît à Dieu de vous charger les épaules. Lorsque vous surprenez votre esprit dans les distractions, élevez doucement votre âme à Dieu, et mettez-vous tranquillement avec grande paix de cœur et sans contention à votre oraison ou à l’occupation du moment.

Ne vous inquiétez pas si vous n’êtes pas de suite débarrassé de tous vos défauts. Il ne faut pas même travailler avec trop de vivacité pour en être quitte, ni non plus le désirer trop. Abandonnez-vous pleinement entre les mains de Dieu, pour porter vos défauts et vos misères tant que bon lui semblera ; prenez seulement les vrais moyens pour vous en défaire, et résistez à ces défauts dans toutes les rencontres, mais avec douceur et paix, comme un homme qui est tout à Dieu et qui met toute sa confiance en lui seul. Je vous recommande continuellement cette paix. Il ne faut cependant pas vous troubler, si vous avez de la peine à l’obtenir et à l’avoir habituellement et en toutes choses.

Ne faites pas d’efforts violents, soit pour produire des bonnes intentions, soit pour vous tenir dans cette paix et suavité de cœur devant Dieu, soit pour éviter et retrancher les défauts qui vous arrêtent dans la voie de Dieu. Abandon complet entre les mains du cher Maître, pour qu’il fasse de vous, en tout et partout, selon son unique bon plaisir.

François Libermann (1802-1852), Lettre du 22 octobre 1837

MÉDITER LE NOTRE PÈRE

Jésus aurait pu vivre à l’abri de toute tentation ; il a voulu la connaître pour partager notre condition humaine en toute chose, excepté le péché (Hb 4, 15), tout comme il a voulu connaître les autres conséquences du péché, et d’abord la passion et la croix. Mais en venant nous rejoindre dans nos épreuves, Jésus nous invite à les vivre en union avec lui, si bien que la malédiction liée au péché devient source de bénédiction liée au salut. Il n’y a pas d’épreuves nobles, la maladie par exemple, et d’épreuves honteuses, la tentation par exemple : il n’y a plus que la croix du Christ, qui invite ses amis à la porter avec lui.

Et la croix la plus quotidienne, c’est celle de notre médiocrité et de notre lenteur à progresser : accepter que la sainteté soit un don de Dieu, et que là encore nous soyons enfants de Dieu, attendant tout de leur Père. En matière de sainteté aussi, « nous aurons toujours assez tôt ce que nous désirons, quand nous l’aurons lorsqu’il plaira à Dieu de nous le donner. » (Saint François de Sales)

VIVRE LE NOTRE PÈRE

Vivons la résistance aux tentations comme un combat spirituel, plus que comme une recherche de la vertu pour la vertu : « Je n’aime pas la vertu parce qu’elle est vertu, mais parce qu’elle est de Jésus-Christ. » (Bérulle) Pour autant, lorsque la tentation survient, que notre réflexe soit de nous unir à Jésus et d’entrer en prière, plutôt que de nous raidir. Rappelons-nous le péché originel : c’est parce qu’elle ne s’occupait déjà plus de Dieu qu’Ève put écouter le tentateur.

L´Auteur :

Libermann (Vénérable François, 1802-1852)

Fils d’un rabbin alsacien, baptisé à 24 ans au lendemain d’une conversion fulgurante, il s’oriente vers le sacerdoce qu’il ne recevra qu’à 40 ans du fait de sa santé précaire. Remarquable directeur spirituel, il est aussi l’un des grands acteurs de l’évangélisation de l’Afrique, à travers la Congrégation du Saint Esprit qu’il relance en 1848.