Mardi 27 octobre 2026

Saint Génitour

Entretenir l’amour

Il dit que cette présence de Dieu doit être entretenue plutôt par le cœur et par l’amour que par l’entendement et le discours. « Dans la voie de Dieu, les pensées, dit-il, sont comptées pour peu, l’amour fait tout. » « Et il n’est pas nécessaire, continue-t-il, d’avoir de grandes choses à faire (je vous dépeins un Frère convers dans la cuisine, permettez-moi ses propres expressions), je retourne ma petite omelette dans la poêle pour l’amour de Dieu ; quand elle est achevée, si je n’ai rien à faire, je me prosterne par terre et adore mon Dieu de qui m’est venu la grâce de la faire, après quoi je me relève plus content qu’un roi. Quand je ne puis autre chose, c’est assez pour moi d’avoir levé une paille de terre pour l’amour de Dieu. » « On cherche des méthodes, dit-il encore, pour apprendre à aimer Dieu ; on y veut arriver par je ne sais combien de pratiques différentes ;on se donne beaucoup de peine pour demeurer en la présence de Dieu par quantité de moyens ; n’est-il pas bien plus court et bien plus droit de tout faire pour l’amour de Dieu, de se servir de toutes les œuvres de son état pour le lui témoigner et d’entretenir sa présence en nous par ce commerce de notre cœur avec lui ? Il n’y faut point de finesse, il n’y a qu’à y aller bonnement et simplement. Je conserve avec religion ses expressions ordinaires. »

Il ne faut pourtant pas se persuader qu’il suffise pour aimer Dieu de lui offrir ses œuvres, d’invoquer son secours et de produire des actes d’amour. Frère Laurent n’est arrivé par ces choses à la perfection de l’amour que parce qu’il avait été dès le commencement fort attentif à ne rien faire qui pût déplaire à Dieu ; qu’il avait renoncé à toute autre chose qu’à lui, et qu’il s’était entièrement oublié lui-même. « Depuis mon entrée dans la Religion, (ce sont ses paroles), je ne pense plus à la vertu ni à mon salut. Après m’être tout donné à Dieu, en satisfaction de mes péchés, et renoncé pour son amour à tout ce qui n’est pas lui, j’ai cru n’avoir plus rien à faire le reste de mes jours que de vivre comme s’il n’y avait plus que Dieu et moi au monde. » C’est ainsi que le Frère Laurent a commencé par ce qu’il y a de plus parfait en quittant tout pour Dieu et en faisant tout pour l’amour de lui ; il s’était entièrement oublié lui-même ; il ne pensait plus ni à Paradis ni à Enfer, ni à ses péchés passés ni à ceux qu’il commettait, après qu’il en avait demandé pardon à Dieu.

La Pratique de la présence de Dieu, Frère Laurent de la Résurrection, « Mœurs et entretiens du Frère Laurent de la résurrection »

L´Auteur :

Laurent de la Résurrection (1614-1691)

Né près de Lunéville, Nicolas Herman connut d'abord comme soldat les affres de la guerre de Trente Ans. Blessé à Rambervilliers en 1635, il décide de se consacrer à Dieu et entre comme convers au couvent carme parisien de la rue de Vaugirard, où il reçoit le nom de Laurent de la Résurrection. "Le Frère Laurent est grossier par nature et délicat par grâce", dira de lui Fénelon. Simple par son origine, son éducation et son caractère, sa spiritualité toute en rondeur et bonhomie va aux dernières conséquences d'un abandon irrévocable à la bonté divine. Il nous laisse peu d'écrits, mais sa personnalité incontestable fut un repère pour bien des âmes déchirées entre quiétisme et jansénisme dans le tout-Paris mystique de la fin du XVIIe siècle.