Mardi 22 septembre 2026

Bienheureux Joseph Marchandon

Prêtre et martyr (+ 1794)

La place de Marie dans le mystère de Jésus

Dieu a pensé, voulu, aimé Marie, en pensant, en voulant, en aimant Jésus-Christ, son Fils éternel, incarné. Elle est si indissociablement liée à ce mystère capital et universel du Christ, tel que Dieu l’a librement conçu et ordonné, qu’il ne peut plus s’accomplir sans elle : je veux dire sans son intervention, son consentement, son concours. Elle est le passage de Dieu pour entrer dans ses voies, la clef dont il se sert pour pénétrer surnaturellement dans son œuvre. C’est d’elle, tige vivante, aimante et méritante, que devait sortir cette fleur, ce fruit d’éternelle vie, d’éternelle paix, d’éternelle joie qui est Jésus de Nazareth, Fils de Dieu, fils de l’homme. Elle est prédestinée mère du Christ et par conséquent Mère de Dieu. Mère de Dieu ! C’est-à-dire auteur et principe de celui qui est le principe et l’auteur de tout ce qui existe et pourrait exister.

Comme Ève était issue d’Adam, Marie, l’Ève nouvelle, est toute issue du Christ, l’Adam divin. Elle se réfère à lui ; elle n’a été divinement conçue, voulue et créée que pour lui. Selon la nature comme selon la grâce, tout ce qu’elle possède et qui est incomparable, elle le reçoit de la plénitude de ce même Verbe incarné par elle et en elle, plénitude infinie, plénitude de Dieu, plénitude qui est Dieu, et qui « habite corporellement dans le Christ », non pour y demeurer captive ou solitaire, mais pour se répandre en torrents jusqu’aux extrémités du temps et de l’espace.

Charles Gay (1818-1892), Fleurs de doctrine et de piété, XVII

Méditation

Marie est toute relative à Jésus, disait saint Louis-Marie Grignon de Montfort. La vérité de l’incarnation de Dieu supposait qu’il reçoive notre humanité en sa perfection, et qu’il la reçoive dans l’acte pleinement libre de celle qui la lui donnerait : les privilèges de Marie sont ceux de cette perfection.

Quand nous disons de Marie qu’elle est immaculée dans sa conception, nous affirmons qu’elle a été pleinement rétablie dans l’innocence d’Adam et Ève avant le péché ; quand nous disons que Jésus a été conçu du Saint-Esprit mais qu’il est né de la Vierge Marie, nous affirmons la parfaite harmonie de la nature divine et de la nature humaine en Jésus ; quand nous affirmons l’Assomption de Marie au soir de sa vie terrestre, nous affirmons qu’elle a pleinement vécu le projet de Dieu sur l’homme, brisé par le péché, mais restauré par le Christ.

Parce qu’elle fut et reste parfaite en son humanité, on pense parfois que Marie n’a pas eu besoin de l’œuvre du Christ, n’a pas eu besoin d’être sauvée. C’est l’inverse qui est vrai : Marie est la première à bénéficier complètement de la rédemption ; et loin d’être une exception dans notre condition humaine, elle en est le modèle accompli, le chef d’œuvre de la création et de la grâce.

L´Auteur :

Gay (Charles, 1815-1892)

Figure exemplaire du retour à l'Église catholique des grandes familles bourgeoises après la Révolution française, Charles Gay sera évêque auxiliaire de Poitiers à côté du cardinal Pie. Très lié au renouveau de la vie consacré du XIXe siècle, ses conférences et ses lettres montrent un profond pédagogue de la vie intérieure.