Lundi 21 septembre 2026

Saints Laurent Imbert, Pierre Maubant et Jacques Chastan

Martyrs en Corée (+ 1839)

L’humanité de Jésus, porte de sa divinité

Un jour, Seigneur, toi qui es esprit, tu apprendras à mon esprit à t’adorer en esprit et vérité (Jn 4, 24) ; mais en attendant, puisqu’il n’a pas la force de se dégager comme il conviendrait des réalités charnelles pour s’occuper de celles qui te concernent, tu lui présentes celles-ci avec la douceur qui lui est adaptée. Puisque je n’ai pas encore dépassé l’exercice rudimentaire de mon imagination et de ma sensibilité, permets et accepte que mon âme encore faible emploie cette capacité imaginative de son esprit à ce qu’il y a de plus humble en toi : elle s’attachera à la crèche du nouveau-né, elle adorera sa sainte enfance, elle baisera les pieds de celui qui pend sur la croix, elle tiendra et embrassera les pieds du ressuscité, elle mettra ses mains dans l’emplacement des clous et s’exclamera : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

En effet, parmi les causes principales de ton incarnation, Seigneur, ce ne fut pas la moindre que de permettre à tes petits enfants qui ont encore besoin de lait dans ton Église, et non de nourriture solide (Hb 5, 12), incapables de penser à toi d’une façon spirituelle et qui convienne à ce que tu es, de trouver en toi une forme qui ne leur soit pas inconnue et qu’ils puissent se proposer dans le sacrifice de leurs prières, sans que la foi en soit offensée, alors qu’ils ne peuvent encore contempler la gloire de ta majesté divine.

Guillaume de Saint-Thierry (1085-1148), Oraison méditative X

Méditation

Dieu marche avec l’homme au pas de l’homme, dira saint Jean de la Croix. La naissance et la croissance de Jésus suit les étapes de notre naissance et de notre croissance chrétiennes, du baptême à la résurrection de notre chair. Toute notre vie spirituelle est à comprendre comme cette progressive incarnation de Dieu en nous.

Au cœur de notre vie spirituelle, notre vie d’oraison, c’est-à-dire le temps que nous passerons à dialoguer intérieurement avec Dieu, connaîtra la même progression : habituellement, dans les débuts d’une vie d’oraison, on a besoin de beaucoup imaginer les scènes évangéliques, parce qu’on a besoin de « sentir » Jésus. Puis les idées succèdent aux images, et enfin s’impose l’évidence de la simple présence de Dieu.

C’est dans cette évidence que Dieu est adoré « en esprit et vérité », et que s’opère silencieusement notre divinisation, en même temps que se perpétue en nous l’avènement de Jésus, son incarnation. Mais on voit que l’humanité du Christ, et son humanité « sentie », est le socle de toute expérience spirituelle véritablement chrétienne.

L´Auteur :

Guillaume de Saint-Thierry (1085-1148)

Né à Liège, abbé bénédictin de Saint-Thierry, dans la Marne, Guillaume passera à la réforme cistercienne de son ami saint Bernard comme simple moine. Théologien et mystique, sa Lettre d'Or aux Frères de la chartreuse ardennaise du Mont-Dieu sera le manuel de référence de la spiritualité monastique jusqu'à la Renaissance.