Samedi 31 octobre 2026

Saint Quentin

Prendre le temps de se souvenir de Dieu

Nous devons pendant notre travail et autres actions, même pendant nos lectures et écritures quoique spirituelles, je dis plus pendant nos dévotions extérieures et prières vocales, cesser quelque petit moment, le plus souvent même que nous pourrons, pour adorer Dieu au fond de notre cœur, le goûter quoiqu’en passant et comme à la dérobée. Puisque vous n’ignorez pas que Dieu est présent devant vous pendant vos actions, qu’il est au fond et au centre de votre âme, pourquoi donc ne pas cesser au moins de temps en temps vos occupations extérieures, et même vos prières vocales, pour l’adorer intérieurement, le louer, lui demander, lui offrir votre cœur, et le remercier ? Que peut-il y avoir de plus agréable à Dieu, que de quitter ainsi mille et mille fois le jour toutes les créatures pour se retirer et l’adorer en son intérieur, outre que c’est détruire l’amour profane qui ne peut subsister que parmi les créatures, dont ces retours intérieurs à Dieu nous débarrassent insensiblement ? Enfin nous ne pouvons pas rendre de plus grands témoignages à Dieu de notre fidélité, qu’en renonçant et méprisant mille et mille fois la créature pour jouir un seul moment du Créateur. Je ne prétends pas là vous obliger de quitter pour toujours l’extérieur, cela ne se peut ; mais la prudence qui est la mère des vertus doit vous servir de règle : je dis pourtant que c’est une erreur ordinaire parmi les personnes spirituelles, de ne pas quitter de temps en temps l’extérieur pour adorer Dieu au dedans d’eux-mêmes et pour jouir en paix quelques petits moments de sa divine présence.

La Pratique de la présence de Dieu, Frère Laurent de la Résurrection, « Pratiques nécessaires pour acquérir la vie spirituelle »

L´Auteur :

Laurent de la Résurrection (1614-1691)

Né près de Lunéville, Nicolas Herman connut d'abord comme soldat les affres de la guerre de Trente Ans. Blessé à Rambervilliers en 1635, il décide de se consacrer à Dieu et entre comme convers au couvent carme parisien de la rue de Vaugirard, où il reçoit le nom de Laurent de la Résurrection. "Le Frère Laurent est grossier par nature et délicat par grâce", dira de lui Fénelon. Simple par son origine, son éducation et son caractère, sa spiritualité toute en rondeur et bonhomie va aux dernières conséquences d'un abandon irrévocable à la bonté divine. Il nous laisse peu d'écrits, mais sa personnalité incontestable fut un repère pour bien des âmes déchirées entre quiétisme et jansénisme dans le tout-Paris mystique de la fin du XVIIe siècle.