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Mercredi 4 novembre 2026
L’abandon à Dieu, clef du Notre Père
Dieu demande que, quand on s’est donné tout à fait à lui, on demeure soumis et abandonné à sa volonté dans tous les états où il lui plaît de nous mettre, et qu’on ne fasse rien de soi-même pour sortir de cet état sous prétexte qu’il est trop pénible pour la nature, et qu’on n’y peut pas durer plus longtemps. Il ne faut donc pas désirer qu’il nous délivre d’une tentation, ni d’une humiliation, ni d’une épreuve intérieure, destinée à nous purifier ; mais il faut lui demander le courage de supporter tout cela jusqu’au bout.
Ce que Dieu demande par-dessus tout, c’est l’abandon, l’abandon de tout sans exception, et pour toujours. Mais comme cet abandon a ses degrés, qui vont toujours croissant jusqu’à la perte entière de soi-même en lui, il faut se tenir simplement dans la disposition générale de lui sacrifier chaque chose à mesure qu’il la demandera, et, dans l’occasion, faire le sacrifice réel. Il n’est donc pas besoin de rien prévoir ni de se mettre en idée dans des circonstances où peut-être on ne se trouvera jamais, ni d’essayer ses forces en se demandant si l’on pourra porter telle ou telle épreuve. Tout cela est inutile et même dangereux : inutile, parce qu’on ne saurait prévoir l’avenir ni se former une juste idée de la situation intérieure ou extérieure dans laquelle on se trouvera ; dangereux, parce qu’on s’expose à la présomption ou au découragement. L’abandon laisse à Dieu le soin de disposer de tout, et ne s’occupe que du moment présent.
Jean-Nicolas Grou (1731-1803), Manuel des âmes intérieures, « Ce que Dieu nous demande »
Méditation
Les épreuves ne sont pénibles que lorsqu’on se regarde soi-même en train de les supporter. C’est peut-être, sans doute, même, inévitable ; mais au moins cela nous montre d’où viendra la délivrance du mal : retrouver le regard d’Adam et Ève avant le péché, le regard du paradis. Et c’est cela que permet le Notre Père : de demande en demande, il aura décentré notre regard tourné vers nous-mêmes et inquiet de nous-mêmes, pour le centrer sur Dieu, de qui provient tout bonheur possible. Ce regard cesse alors d’être celui du péché pour redevenir celui de l’amour.
Au fil du Notre Père, nous aurons appris à devenir fils. Il nous reste à vivre cette dépendance absolue d’un Dieu Père comme l’attitude habituelle de toute notre existence. Elle a pour nom abandon, ce mot dont nous disions hier qu’il est la clef de toute la vie spirituelle.
Parce qu’il abandonne à Dieu le soin de le rendre heureux, parce qu’il sait que le mal n’est que là où Dieu n’est pas, le chrétien cesse de vivre dans l’imaginaire, de vivre dans le conditionnel, dans l’inquiétude d’un avenir qui n’adviendra sans doute jamais, ou dans la peur d’épreuves hypothétiques : l’abandon laisse à Dieu le soin de disposer de tout, et ne s’occupe que du moment présent.
VIVRE LE NOTRE PÈRE
« Délivre-nous du mal ! » Arrivés au terme du Notre Père, nous pourrions dire : « Seigneur ! délivre-nous de nous-mêmes ! » Certes, il y a bien des choses qui font mal, mais le mal, lui, n’est qu’en nous. De Notre Père en Notre Père, nous apprenons peu à peu à nous changer nous-mêmes, là où depuis le péché originel nous cherchions à changer le monde.
L´Auteur :
Grou (Jean-Nicolas, 1731-1803)
Né à Calais, Jean-Nicolas Grou étudie au collège Louis-le-Grand, place-forte des jésuites à Paris, et entre à 15 ans au noviciat de la Compagnie. Il y deviendra un brillant professeur de lettres au prestigieux collège de La Flèche (sa traduction de Platon reste un classique). Grou s’exilera en Lorraine lors de la suppression de la Compagnie en 1763. De retour à Paris, sa rencontre avec la mystique visitandine Pélagie Lévêque l'oriente définitivement vers la vie intérieure, dans une voie spirituelle très salésienne.
Il se partagera désormais entre la direction spirituelle et l'écriture, notamment en Angleterre, où la Révolution le force à un nouvel exil à partir de 1792.
Humaniste du XVIIIe siècle, Grou est à la fois un philosophe, un controversiste, un apologiste, un moraliste et un maître spirituel. Son enseignement culmine dans le Manuel des Âmes intérieures, recueil d’une soixantaine d’entretiens publié par ses disciples, au succès constant dans toute l’Europe jusque vers 1950. Rédigé dans une langue superbe, on y reconnaît la tradition salésienne de l’abandon, une extrême finesse d’analyse psychologique, et la sensibilité spirituelle d’un très grand contemplatif.
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