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Samedi 25 avril 2026 Saint Clarence Évêque de Vienne (Isère) (+ v. 620) Une humilité bien orgueilleuse On a une mauvaise honte de ses fautes : on se dépite, on se fâche, comme dit saint François de Sales, de s’être fâché ; on s’impatiente de s’être impatienté. Quelle misère ! Ne devrait-on pas voir que c’est orgueil tout pur, qu’on est humilié de se trouver à l’épreuve moins fort, moins saint qu’on ne croyait, et qu’on n’aspire à être exempt d’imperfection et de fautes, que pour s’en applaudir en soi-même, et se féliciter d’avoir passé un jour, une semaine, sans avoir rien à se reprocher ? Enfin, on se décourage ; on abandonne l’une après l’autre ses pratiques ; on renonce à l’oraison, l’on regarde la perfection comme impossible, et l’on désespère d’y parvenir. Que me sert, dit-on, de me contraindre, de veiller continuellement sur moi-même, de m’abandonner au recueillement et à la mortification, puisque je ne me corrige de rien, que je tombe toujours, et que je ne deviens pas meilleur ? Voilà un des pièges les plus subtils du démon. Voulez-vous vous en garantir ? Ne vous découragez jamais, quelque faute qu’il vous arrive. Qu’importe, après tout, que vous soyez tombé en chemin, pourvu que vous arriviez au terme ? Dieu ne vous le reprochera pas. Ce ne sont pas ceux qui font le moins de fautes qui sont les plus saints, mais ceux qui ont plus de courage, plus de générosité, plus d’amour, qui font de plus grands efforts sur eux-mêmes, et qui n’appréhendent pas de broncher, de tomber même et de se salir un peu, pourvu qu’ils avancent. Jean-Nicolas Grou (1731-1803), Manuel des âmes intérieures, Du profit qu’on doit tirer de ses fautes
MÉDITATION Ne confondons pas la honte et l’humilité. Adam et Ève avaient honte de leur nudité, mais ne regrettaient pas leur péché et n’avaient apparemment guère d’humilité. Certains pénitents, au lieu de s’accuser, s’excusent en confession, et ne voient dans leurs fautes qu’une occasion de souligner à leurs propres yeux et à ceux du confesseur qu’ils sont des gens très bien. Que peut-on leur pardonner ? La sainteté est toute dans la foi en Dieu et en son amour, absolument pas dans nos performances. Celles-ci sont mesurées par nos capacités, notre tempérament, notre éducation, les circonstances, etc., toutes choses que Dieu a voulues et qui ne dépendent pas de nous. Aimer, c’est vouloir aimer, non pas y arriver : les amoureux le savent bien. Je repère dans ma vie des péchés dont je suis particulièrement honteux, et je les nommerai distinctement en demandant à Dieu de me pardonner dans mon Notre Père du soir. L´Auteur : Grou (Jean-Nicolas, 1731-1803) Né à Calais, le jeune Grou entre chez les jésuites à 15 ans. Brillant professeur de lettres à La Flèche, il s’exile en Lorraine lors de la suppression de la Compagnie en 1763. Bientôt à Paris, il se consacre à la direction spirituelle, avant un nouvel exil en Angleterre du fait de la Révolution française. ![]() |