Jeudi 15 octobre 2026

Sainte Thérèse d'Avila

Réformatrice du Carmel et docteur de l'Église (+ 1582)

L'honneur de porter la croix

Il n'y a pas de signe plus certain de l'élection divine, que de supporter humblement et patiemment la tribulation pour l'amour de Dieu. Elle est, en effet, l'anneau précieux et choisi par lequel Dieu prend l'âme pour épouse. Souffrir pour Dieu est quelque chose de si noble, que l'homme devrait à juste titre s'estimer indigne de cet honneur. Une petite contrariété supportée avec égalité d'âme pour Dieu, est même incomparablement supérieure à la pratique de nombreuses et grandes œuvres bonnes.

Quelle que soit la façon dont nous sommes éprouvés, Dieu a prévu cela de toute éternité, et il savait que nous devions le supporter comme cela et pas autrement. Jamais il ne laisserait la moindre adversité, intérieure ou extérieure, pas même le plus petit souffle de vent, se porter sur ses élus, s'il ne savait que cela leur servirait pour leur salut. Par le froid, la chaleur, la faim, la soif, l'infirmité et n'importe quelles autres afflictions, non seulement il nous purifie, mais encore il embellit magnifiquement nos âmes, tout comme un peintre de talent achève son tableau par l'adjonction de quelques traits et quelques couleurs, ou comme une noble jeune fille qui doit épouser un prince est revêtue d'or et de pierres précieuses, et fait l'objet de soins variés.

Louis de Blois (1506-1565), Institution Spirituelle, ch. VIII, 3

Méditation

Méditer la Passion de Jésus, c'est bien. Nous unir à Jésus en acceptant de bon cœur nos croix quotidiennes, c'est mieux. Plutôt que de les éviter, commençons par les recevoir comme une invitation de Dieu à entrer dans la Passion de son Fils.

Quel est le lien entre la croix et notre salut ? En nous privant d'un bien naturel (santé, fortune...), la croix nous oblige à chercher un bien surnaturel, elle nous oblige à mettre notre confiance en Dieu, à nous serrer plus étroitement contre Jésus, en quelque sorte : voilà en quoi elle est chemin de salut.

La croix n'est jamais une malédiction : puisqu'elle nous précipite dans les bras de Jésus, elle nous précipite dans le bonheur. Alors, n'allons pas à la croix comme on va à l'abattoir, allons-y dans le bonheur d'"une noble jeune fille qui doit épouser un prince" !

L´Auteur :

Louis de Blois (1506-1565)

De famille noble, ami de Charles-Quint, correspondant d'Ignace de Loyola, moine puis abbé et réformateur de l'abbaye de Liessies (près de Maubeuge), Louis de Blois fut d'abord un religieux amoureux de la personne de Jésus contemplé en son humanité. Érudit, grand lecteur de Ruusbroec l'Admirable et de Tauler, il fut aussi l'analyste précis du développement de la vie spirituelle. (Début p.) Alors que le protestantisme est en train de stériliser la grand tradition mystique rhéno-flamande, Louis de Blois va la transmettre à l'Europe latine, notamment à travers son Institution Spirituelle. Refusant les flatteuses promotions qui lui furent proposées, il fut le parfait exemple d'un vrai réformateur, préférant l'efficacité cachée de la prière et du travail, aux illusions du pouvoir politique ou religieux.