Mardi 13 octobre 2026

Saint Géraud d'Aurillac

Fondateur de l'abbaye d'Aurillac (+ 909)

Dieu est le Dieu du présent

A vrai dire, avoir péché n’est pas péché si on en a regret. Oui, celui qui aurait pleinement accordé sa volonté à celle de Dieu ne devrait pas vouloir que le péché dans lequel il est tombé n’ait pas eu lieu, non pas certes parce qu’il était contre Dieu, mais dans la mesure où tu es par-là obligé à plus d’amour, où tu t’es abaissé et humilié, et donc non pas certes parce que le pécheur a agi contre Dieu.

Quand l’homme se relève complètement de ses péchés et s’en détourne absolument, le Dieu fidèle fait comme si l’homme n’était jamais tombé dans le péché et il ne veut pas un seul instant lui tenir rigueur de tous ses péchés. En eût-il commis autant que tous les hommes en ont jamais commis, Dieu ne lui en tiendrait pas rigueur.

Dieu est le Dieu du présent. Tel il te trouve, tel il te prend et t’accueille, non pas ce que tu as été, mais ce que tu es maintenant. Toute l’offense, tout l’outrage commis envers Dieu par tous les péchés, il veut les supporter et les a supportés bien des années pour que l’homme acquière ensuite une grande connaissance de son amour, pour que l’amour et la reconnaissance de l’homme soient d’autant plus grands, et son zèle d’autant plus ardent.

Maître Eckhart (1260-1328), Instruction spirituelle 12

Méditation

«Dieu est le Dieu du présent.» Il ne sait ce qu’est la rancune. Mieux : il ne nous reproche jamais notre péché. Le drame du péché est pour nous, pas pour lui. Ou du moins, il n’est un drame pour lui que parce qu’il en est un pour nous.

Dès que je me tourne vers Dieu, instantanément, il se donne tout entier à moi. Dieu ne voit pas le péché ; ou plutôt, en le voyant il le fait disparaître, tout comme le soleil fait disparaître l’ombre en se portant sur elle. Car le drame du péché était tout entier dans mon détournement de Dieu.

Alors, ne perdons pas une minute à négocier notre retour à Dieu : utilisons notre péché comme un tremplin pour nous offrir à son amour ; en partant de plus bas, notre élan nous portera plus haut, «dans la mesure où tu es par-là obligé à plus d’amour».

L´Auteur :

Maître Eckhart (1260-1328)

Né Thuringe dans une famille de petite noblesse, Eckhart entre chez les dominicains d’Erfurt. Il étudie à Colo­gne, où règne l’influence d’Albert le Grand († 1280), puis Paris, où règne celle de Thomas d’Aquin († 1274). Il revient enseigner à Erfurt, puis à Paris, avant d’en être expulsé par Philippe le Bel comme tous les religieux qui refusaient son appel au Concile contre le Pape. Ses années de maturité se partagent entre ses charges universitaires à Strasbourg, Cologne et Paris, ses importantes responsabilités dans l’ordre des prêcheurs, et un ministère de prédicateur et de directeur spirituel. Notamment pour en organiser les études. Ses œuvres latines recouvrent son enseignement académique, tandis que ses sermons et traités en allemand révèlent davantage le maître spirituel. Les dernières années à Cologne furent assombries par les suspicions attachées à ses écrits, et qui aboutiront peu après sa mort à une condamnation modérée de la part des papes d’Avignon. Plus que la dénonciation de véritables hérésies, il faut y voir l’hostilité aux dominicains des évêques de Strasbourg et de Cologne. C’est probablement en Avignon que mourut Eckhart, au cours d’un voyage entrepris pour se justifier.