Dimanche 1er novembre 2026

Solennité de La Toussaint

Pas de sainteté toute faite !

    Voici une finesse qu’il faut que vous me permettiez de vous découvrir, sans toutefois vous offenser. C’est que vous voudriez que je vous enseignasse une voie de perfection toute faite, en sorte qu’il n’y eût qu’à la mettre sur la tête comme vous jetteriez votre voile, et que par ce moyen vous vous trouvassiez toute parfaite sans peine ! C’est-à-dire que je vous donnasse la perfection toute faite ; car ce que je dis qu’il faut faire n’est pas trouvé agréable à la nature : ce n’est pas ce que nous voudrions.

Oh certes, si cela était en mon pouvoir, je serais le plus parfait homme du monde ! Car si je pouvais donner la perfection aux autres sans qu’il fallût rien faire, je vous assure que je la prendrais premièrement pour moi ! Il vous semble que la perfection est un art, que si l’on pouvait trouver son secret, on l’aurait incontinent sans peine. Certes, nous nous trompons ; car il n’y a point de plus grand secret que de faire et travailler fidèlement en l’exercice du divin amour, si nous prétendons de nous unir au Bien-Aimé.

    Il faut que nous ayons deux égales résolutions : l’une, de voir croître des mauvaises herbes en notre jardin, et l’autre, d’avoir le courage de les voir arracher et les arracher nous-mêmes ; car notre amour-propre ne mourra point pendant que nous vivrons, lequel est celui qui fait ces impertinentes productions.

Saint François de Sales (1567-1622), Vrais Entretiens spirituels, «De la Modestie»

Méditation

    La sainteté est d’accepter de ne rien pouvoir en matière de sainteté. Ou du moins rien d’autre qu’accepter que le Bon Dieu s’en occupe. Et dans cette acceptation, il y a aussi celle de bien mal l’accepter.

    La sainteté suppose la patience, et la patience suppose l’humilité, et l’humilité suppose l’échec. Non, si nous devenons des saints, nous n’y serons vraiment pour rien !

    Et ce serait encore trop facile que de ne pas chercher à être saints : pour qu’il y ait échec, encore faut-il avoir essayé !

L´Auteur :

François de Sales (Saint, 1567-1622)

Noble savoyard, après une éducation de gentilhomme et de juriste à Paris et à Padoue, il entre dans les ordres et ramène au catholicisme le nord de la Savoie. Évêque de Genève en 1602, il réside en fait à Annecy, et réforme son diocèse dans l’esprit du Concile de Trente. En 1610, il inaugure une nouvelle forme de vie consacrée en fondant la Visitation avec Jeanne de Chantal. L’activité pastorale épuisante de François de Sales reposait sur une vie intérieure des plus riches, dont témoignent autant son enseignement « grand public » (dans l’Introduction à la Vie dévote et dans sa correspondance) que son magistral Traité de l’Amour de Dieu. Directeur spirituel, prédicateur, diplomate, écrivain… : un des maîtres absolus de la contre-réforme catholique !