Jeudi 24 septembre 2026

Bienheureuse Colombe Gabriel

Moniale et abbesse - fondatrice des Sœurs Bénédictines de la Charité (+ 1926)

Un cœur débordant

Les richesses infinies de ta gloire, Seigneur, étaient profondément cachées dans le ciel de ton secret, jusqu’à ce que, par la lance du soldat, les sacrements de notre rédemption se répandent du côté ouvert de ton Fils notre Seigneur et notre Rédempteur ; de telle sorte que nous ne mettions plus, comme Thomas, nos doigts en son côté, mais que nous entrions tout entiers jusqu’à ton cœur, Jésus, par cette porte ouverte, là où la miséricorde est certaine, jusqu’à ton âme sainte, pleine de toute la plénitude de Dieu, pleine de grâce et de vérité, de notre salut et de notre consolation.

Ouvre-nous, Seigneur, la porte de l’arche de ton côté, pour qu’entrent tous ceux que tu sauveras de la venue de ce déluge qui inonde la terre ; ouvre-nous le côté de ton corps, pour qu’entrent ceux qui désirent voir les secrets du Fils, et qu’ils reçoivent les sacrements qui en débordent et le prix de leur rédemption. Ouvre la porte de ton ciel, pour que ceux que tu as rachetés voient les biens du Seigneur sur la terre des vivants, eux qui peinent encore sur la terre des mourants ; qu’ils les voient et qu’ils les désirent, qu’ils brûlent et qu’ils courent, eux pour qui tu as été fait la voie par laquelle on va jusque là, la vérité à laquelle on va, la vie pour laquelle on va : la voie, exemple d’humilité ; la vérité, exemple de pureté ; la vie, celle qui est éternelle.

Guillaume de Saint-Thierry (1085-1148), Oraison méditative VI

Méditation

En transperçant le cœur de Jésus mort sur la croix, la lance du soldat en fit jaillir l’eau du baptême et le sang de l’eucharistie : telle est la lecture traditionnelle de cette page d’Évangile, qui est aussi l’origine de la dévotion au Sacré-Cœur. C’est là que se révèle en plénitude l’amour de Dieu pour nous, et c’est de là que provient notre salut.

Les sacrements rendent présent sur la terre des vivants la source de vie éternelle, dont l’origine est dans le cœur du Père, et qui vient à nous à travers celui du Fils, cette vie étant le Saint-Esprit lui-même. C’est pourquoi il y a toujours un crucifix devant l’autel où l’on célèbre l’eucharistie.

Mais si le cœur ouvert de Jésus est source de vie éternelle, il est aussi la porte par laquelle nous avons accès à Dieu : l’humanité du Christ est toujours le chemin qui nous conduit à sa divinité.

La dévotion au Sacré-Cœur est depuis toujours une composante majeure de la prière chrétienne, même si elle a pris une extension remarquable depuis quatre siècles, notamment en France à partir des révélations de Jésus à sainte Marguerite-Marie, à Paray-le-Monial. Des représentations un peu mièvres du cœur de Jésus ont fait tort à cette dévotion ; pour en retrouver les fondements, méditons aujourd’hui l’évangile du cœur transpercé (Jn 19, 31-37), et si nous en avons la possibilité, visitons le remarquable site www.spiritualite-chretienne.com/s_coeur/.

L´Auteur :

Guillaume de Saint-Thierry (1085-1148)

Né à Liège, abbé bénédictin de Saint-Thierry, dans la Marne, Guillaume passera à la réforme cistercienne de son ami saint Bernard comme simple moine. Théologien et mystique, sa Lettre d'Or aux Frères de la chartreuse ardennaise du Mont-Dieu sera le manuel de référence de la spiritualité monastique jusqu'à la Renaissance.