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Jeudi 22 octobre 2026
Saintes Elodie et Nunilon
Martyres à Cordoue (+ 851)
Il me demande de l'appeler "Père"
La vie surnaturelle, qui est l'entrée dans le mystère du Christ, consiste d'abord à croire et à confesser que le Christ est "le Fils du Dieu vivant." Nous sommes fils par une communication de cette filiation divine de Jésus ; fils par le Fils et dans le Fils : si bien que, par cette identité d’origine et de vie, tous les adoptés sont un dans le Christ, tous les membres un dans le chef, et que, ayant pour enfants la multitude innombrable des fidèles, Dieu n’a pourtant qu’un Fils, son Jésus, dont nous sommes le corps.
Ainsi donc, mon Jésus, vous êtes plus que mon frère, plus que mon ami, plus que mon époux, vous êtes la vie de ma vie, l’esprit de mon esprit et le cœur de mon cœur ; vous êtes plus moi que moi, comme la source est le ruisseau plus que le ruisseau lui-même. Cette union dépasse l’ordre humain. Je suis bien plus l’enfant de Dieu que celui de mon père et de ma mère. D’abord, cette génération qui les fait mes auteurs, se rapporte tout entière à celle qu’éternellement vous m’avez prédestiné à recevoir de vous ; je n’ai été créé, et dès lors vous ne m’avez fait naître d’eux en ce monde, que pour m’enfanter vous-même, ô Dieu, à la grâce ici-bas et là-haut à la gloire.… Donc, à mille titres, je suis plus fils de Dieu que fils de l’homme ; et s’il arrive que, sur le terrain de la vie d’à présent, ces deux générations luttent l’une contre l’autre, la vôtre, ô mon Dieu, l’emportera toujours, et je n’oublierai jamais qu’ayant un père et une mère sur la terre, je n’ai pourtant et définitivement qu’un Père, le Père de mon père et de mes pères, mon Père qui est dans les cieux.
Charles Gay (1815-1892), 124e élévation sur la vie et la doctrine de NSJC
Méditation
Jésus plus que mon frère, plus que mon ami, plus que mon époux, plus moi que moi ! Ne pensons pas la vie chrétienne comme une pâle imitation de celle de Jésus, ni même comme une application de ses vertus pour se préparer au ciel : elle est la vie même de Jésus plus moi que moi. On ne comprendra rien au mystère du Christ si l'on ne va pas jusque là. On ne comprendra rien à la prière en dehors de cette communion de vie fondamentale entre lui et nous.
À mille titres, je suis plus fils de Dieu que fils de l'homme : nous voyons souvent une opposition entre les deux, entre le ciel et la terre, la prière et l'action. Mais loin de m'isoler du monde, cette filiation divine me donne à mes frères, car il ne sont mes frères que par ce lien que Jésus établit entre lui et eux comme entre lui et moi ; vivre la charité fraternelle sera une autre manière de vivre la même union à Dieu, selon la prière même de Jésus : "Père, ceux que tu m'as donnés, qu'ils soient un en nous, comme toi tu es en moi, et moi en toi. (Jn 17)"
L´Auteur :
Gay (Charles, 1815-1892)
Né à Paris dans une famille bourgeoise aisée, Charles Gay sera élevé dans l’indifférence religieuse des lendemains de la Révolution. Les rencontres de Lacordaire et d’Ozanam l’orienteront vers le sacerdoce qu’il reçoit en 1845. Tenté par la vie monastique, il sera finalement appelé à Poitiers par le futur cardinal Pie, qui en fera son principal collaborateur, notamment dans la préparation du concile Vatican I, puis son évêque auxiliaire. Musicien lié à Gounod, prédicateur lié à Lacordaire, formateur d’âmes lié à Libermann, Mgr Gay fut à coup sûr l’un des grands acteurs du renouveau de la vie consacré et de la résistance spirituelle à la laïcisation de la France du XIXe siècle. Ses conférences et ses lettres montrent un profond pédagogue de la vie intérieure.
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