Samedi 3 octobre 2026

Saint Hésychius

Il faut montrer la Sainte Vierge abordable

Que j’aurais donc bien voulu être prêtre pour prêcher sur la Sainte Vierge ! Une seule fois m’aurait suffi pour dire tout ce que je pense à ce sujet. J’aurais d’abord fait comprendre à quel point on connaît peu sa vie. Il ne faudrait pas dire des choses invraisemblables ou qu’on ne sait pas ; par exemple que, toute petite, à trois ans, la Sainte Vierge est allée au Temple s’offrir à Dieu avec des sentiments brûlants d’amour et tout à fait extraordinaires ; tandis qu’elle y est peut-être allée tout simplement pour obéir à ses parents. Pourquoi dire encore, à propos des paroles prophétiques du vieillard Siméon, que la Sainte Vierge, à partir de ce moment là a eu constamment devant les yeux la passion de Jésus ? « Un glaive de douleur transpercera votre âme » avait dit le vieillard. Ce n’était donc pas pour le présent, vous voyez bien, ma petite Mère ; c’était une prédiction générale pour l’avenir. Pour qu’un sermon sur la sainte Vierge me plaise et me fasse du bien, il faut que je voie sa vie réelle, pas sa vie supposée ; et je suis sûre que sa vie réelle devait être toute simple. On la montre inabordable, il faudrait la montrer imitable, faire ressortir ses vertus, dire qu’elle vivait de foi comme nous, en donner des preuves par l’Évangile où nous lisons : « Ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. » Et cette autre, non moins mystérieuse : « Ses parents étaient dans l’admiration de ce qu’on disait de lui. » Cette admiration suppose un certain étonnement, ne trouvez-vous pas, ma petite Mère ? On sait bien que la Sainte Vierge est la Reine du Ciel et de la terre, mais elle est plus Mère que reine, et il ne faut pas dire à cause de ses prérogatives qu’elle éclipse la gloire de tous les saints, comme le soleil à son lever fait disparaître les étoiles. Mon Dieu ! que cela est étrange ! Une Mère qui fait disparaître la gloire de ses enfants ! Moi je pense tout le contraire, je crois qu’elle augmentera de beaucoup la splendeur des élus. C’est bien de parler de ses prérogatives, mais il ne faut pas dire que cela, et si, dans un sermon, on est obligé du commencement à la fin de s’exclamer et de faire Ah ! ah ! on en a assez ! Qui sait si quelque âme n’irait pas même jusqu’à sentir alors un certain éloignement pour une créature tellement supérieure et ne se dirait pas : « Si c’est cela, autant aller briller comme on pourra dans un petit coin ! » Ce que la Sainte Vierge a de plus que nous, c’est qu’elle ne pouvait pas pécher, qu’elle était exempte de la tache originelle, mais d’autre part, elle a eu bien moins de chance que nous, puisqu’elle n’a pas eu de Sainte Vierge à aimer ; et c’est une telle douceur de plus pour nous, et une telle douceur de moins pour elle ! Enfin j’ai dit dans mon Cantique : « Pourquoi je t’aime, ô Marie » tout ce que je prêcherais sur elle.

Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Derniers entretiens, 8 août 1897

L´Auteur :

Thérèse de l’Enfant-Jésus (Sainte, 1873-1897)

Née à Alençon, étoile filante dans la nuit rationaliste de son siècle, Thérèse Martin n’est encore qu’une fillette hypersensible, brisée par la mort de sa mère, lorsqu’elle ressent à l’occasion d’un chagrin d’enfant durant la nuit de Noël 1886 toute la détresse de l’homme sans Dieu. Mais prenant appui sur cette faiblesse même, elle plonge au cœur de l’Amour miséricordieux, opérant d’un coup la révolution copernicienne qui caractérise sa « petite voie », dans laquelle va s’engouffrer la spiritualité contemporaine : « En cette nuit où Il se fit faible et souffrant pour mon amour, Il me rendit forte et courageuse, Il me revêtit de ses armes. » Entrée quelques mois plus tard au carmel de Lisieux, elle fera de cette impuissance le ressort de son union à Dieu, avançant de joie en joie dans les épreuves les plus rudes du corps et de l’âme, jusqu’à une mort pleinement vécue comme explosion de vie : « C’est dans les bras du bon Dieu que je tombe ! »