Mercredi 28 octobre 2026

Saint Jude

Ne plus se mettre en peine de son sort

« Nous sommes faits pour Dieu seul, disait-il ; il ne saurait trouver mauvais que nous nous quittions nous-mêmes pour nous occuper de lui. Nous verrons mieux en lui ce qui nous manque, que nous ne l’apercevrons en nous par toutes nos réflexions, et ce ne peut être qu’un reste de l’amour de nous-mêmes, qui, sous l’apparence de notre perfection, nous attache encore à nous et nous empêche de nous élever à Dieu. » Le Frère disait que dans les grandes peines qu’il avait eues pendant quatre années, si grandes que tous les hommes du monde ne lui auraient jamais pu ôter de l’esprit qu’il serait damné, il n’avait point changé sa première détermination ; mais que sans réfléchir sur ce qui arrive rait de lui et sans s’occuper de sa peine (comme font toutes les âmes peinées) il s’était consolé en disant : « arrive ce qui pourra, je ferai du moins toutes mes actions pendant le reste de ma vie pour l’amour de Dieu » ; et qu’ainsi en s’oubliant soi-même, il avait bien voulu se perdre pour Dieu, dont il s’était bien trouvé.

L’amour de la volonté de Dieu avait pris en lui la place que l’on attache d’ordinaire à la sienne, il ne voyait plus dans tout ce qui lui arrivait que l’ordre de Dieu, qui le tenait dans une paix continuelle. Quand on lui parlait de quelque grand dérèglement, au lieu de s’en étonner, il était au contraire surpris qu’il n’y en eût encore davantage, vu la malice dont le pécheur était capable ; mais aussi tôt, s’élevant à Dieu, voyant qu’il pouvait y remédier, et que cependant il permettait ces maux pour des raisons très justes et très utiles à l’ordre général de sa conduite sur le monde ; après avoir prié pour les pécheurs il ne s’en affligeait pas davantage et demeurait dans sa paix.

La Pratique de la présence de Dieu, Frère Laurent de la Résurrection, « Mœurs et entretiens du Frère Laurent de la résurrection »

L´Auteur :

Laurent de la Résurrection (1614-1691)

Né près de Lunéville, Nicolas Herman connut d'abord comme soldat les affres de la guerre de Trente Ans. Blessé à Rambervilliers en 1635, il décide de se consacrer à Dieu et entre comme convers au couvent carme parisien de la rue de Vaugirard, où il reçoit le nom de Laurent de la Résurrection. "Le Frère Laurent est grossier par nature et délicat par grâce", dira de lui Fénelon. Simple par son origine, son éducation et son caractère, sa spiritualité toute en rondeur et bonhomie va aux dernières conséquences d'un abandon irrévocable à la bonté divine. Il nous laisse peu d'écrits, mais sa personnalité incontestable fut un repère pour bien des âmes déchirées entre quiétisme et jansénisme dans le tout-Paris mystique de la fin du XVIIe siècle.